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Mise à jour

12 octobre 2017

Troisième problématique

Quelle place faire à la morale, au droit et à l’éthique dans un récit littéraire ?

 

La problématique soulevée ici concerne la relation que doit entretenir la forme du récit avec son contenu : quelle place la littérature peut-elle faire au questionnement éthique [1] et plus généralement à la philosophie morale [2] ? Qu’il s’agisse de l’étude des mœurs dans le roman réaliste ou des études sociales du roman naturaliste, nous avons toujours affaire à un examen ou une analyse émanant d’auteurs qui se considèrent généralement comme des Maîtres en la matière. Ainsi, pour ne citer que les plus célèbres d’entre eux, Balzac se disait le « secrétaire » de la Société française, faisant « concurrence à l’État civil » afin de « surprendre le sens caché dans cet immense assemblage de figures, de passions et d’évènements [3] » et Zola se présentait comme le « docteur ès sciences morales [4] ». Ces auteurs étaient épris de certitudes et pratiquement jamais envahis par le doute : Balzac tenait à ses deux « Vérités éternelles » que sont « la Religion, la Monarchie » et Zola croyait fermement au déterminisme scientiste (l’hérédité).

 

C’est précisément cela que ne saurait autoriser le questionnement éthique, pour la simple raison que la caractéristique première de l’éthique est l’inquiétude. L’écart entre la loi et son application, ou celui entre le droit et les mœurs ou bien encore le développement de la mondialisation et de la finance internationale au regard de leurs réglementations, de même que le rôle de l’Argent dans les relations humaines – pour nous en tenir uniquement à certains thèmes abordés dans Dilemmes  –, sont sources d’inquiétude éthique [5]. Et cette inquiétude n’est pas prête de s’apaiser, car elle trouve son fondement dans les lacunes et les limites du Droit malgré la judiciarisation effrénée de nos sociétés. Mais cette inquiétude conduit l’éthicien à l’action et non au renoncement.

 

Suite

 


[1] Le questionnement éthique  dont il sera question ici procède de la philosophie éthique qui constitue une branche de la philosophie morale et qui pose comme précepte moral fondamental le rapport à l’Autre. A la différence près qu’en littérature les notions et les concepts philosophiques ne sauraient faire autorité.

[2] La philosophie morale en tant que philosophie pratique renvoie aux actions personnelles, au rapport du sujet à lui-même dans un questionnement de type aristotélicien portant sur l’action à entreprendre (par opposition à la métaphysique kantienne dont le questionnement à trait au comportement du sujet).

[3] « La Société française allait être l’historien, je ne devais être que le secrétaire », H. Balzac, Avant-propos à la Comédie humaine.

[4] « Le nom qui lui convient est celui de docteur ès sciences morales », Émile Zola, Ecrit sur le roman, anthologie établie, présentée et annotée par Henri Mitterrand, 2004, p. 96 cité par J. Bouveresse, op. cit., p. 96.

[5] « En ce sens, la divergence entre la réalité des mœurs, les prescriptions explicites de la morale,  et l’inquiétude éthique qui procède de leur écart, est amorcée dans la vie éthique », Laurent Jaffro, Ethique et Morale, in Notions de philosophie, III, Sous la Direction de Denis Kambouchner, Folio Essais, Gallimard, 1995, p. 234.

 

 

 

 

 

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