En vente

Evénement

Mise à jour

12 octobre 2017

Troisième problématique (suite 2)

Que peut espérer Franck dans ces conditions ?

 

Franck souhaite porter plainte contre l’établissement financier qui, en dix ans, a organisé une évasion fiscale à grande échelle de l’ordre de deux cents millions d’euros. Il espère pouvoir obtenir la restitution de ces sommes qui manquent gravement au budget de la Nation. Au raisonnement juridique, de pur droit, de son avocat, Franck réexamine les faits : les comptes bancaires ? ils sont non déclarés et illicites, la loi ne saurait les protéger ; le vol des fichiers ? il a été commis dans l’intérêt de tous, excepté des fraudeurs, par conséquent la loi d’ordre générale ne saurait condamner un individu qui a agi pour le compte de l’intérêt général [1] contre des intérêts particuliers ; de même, les autorités judiciaires qui poursuivent et jugent au nom de la société ne sauraient agir à l’encontre d’un justiciable qui lui-même a agi pour le compte de ladite société ; quant au manque d’intérêt ou de préjudice subi pour pouvoir agir en justice, n’est-ce pas suffisant d’avoir sacrifié son emploi dans l’intérêt de tous ?

 

Un tel examen des faits permettra-t-il à Franck de parvenir à ses fins ? Son avocat en doute : imagine-t-on un voleur après son larcin arguer de l’intérêt général au motif que les biens dérobés révéleraient des actes délictueux de leur propriétaire ? Rien n’est moins sûr que jugements de Fait et jugements de Valeur se rejoignent dans son cas. C’est là peut-être que réside la naïveté de Franck. Mais cette naïveté n’est pas celle d’un niais. Elle a ceci de particulier qu’elle va faire voler en éclat le rationalisme juridique de son avocat et ses raisonnements prétendument de pur droit. Car, dans sa naïveté - qui relève plutôt de celle d’un anarchiste-libertaire qui s’ignore - Franck met en mouvement le dispositif juridique pour mieux observer ses ratés et parvenir au constat que c’est bel et bien au nom de la Morale et non du Droit qu’il ne peut accéder à la Loi ni même espérer voir ses fichiers exploités par les administrations concernées. Et là où son avocat ne voit que rationalité et rationalisme, Franck va déceler dans la Loi et son application une part d’irrationalité et d’absurdité.

 

Suite 

 

[1] Franck n’est ni juriste ni philosophe ; il ignore la distinction entre l’action dans l’intérêt général, qui relève de la loi et l’agir pour le Bien commun qui est un engagement de chacun en vue d’atteindre cet objectif. Ce qui a l’avantage de permettre une meilleure compréhension du positionnement éthique du personnage en butte à la Loi et pour qui l’intérêt général doit tendre nécessairement vers le Bien commun.

[2] « Ce triomphe du formalisme n’est jamais que l’effet objectif de la suppression du politique au sens large dans la présentation et la connaissance du droit » (Michel Miaille, Une introduction critique au droit, F. Maspero, coll. Textes à l’appui, 1976, pp. 374-375).

[3] « Il ne semble pas y avoir de réponse générale possible à la question de savoir ce que nous pouvons apprendre des expériences de pensée éthique que nous proposent les romans. », J. Bouveresse, op. cit., p. 120.

[4] J. Carbonnier, Sociologie juridique, coll. Themis, P.U.F. 1972, p. 254, cité par M. Mialle, op. cit., p. 375 qui ajoute : « un lieu tellement artificiel dans ses régularités et ses perspectives en trompe-l’œil qu’il n’y est plus question de la réalité même ».

 

 

 

 

 

 

www.roman-dilemmes.fr


Appel