En vente

Evénement

Mise à jour

12 octobre 2017

Troisième problématique (suite)

Dans le récit littéraire, l’introduction de l’éthique a pour conséquence de disqualifier les monologues savants d’un narrateur omniscient et de faire naître du même coup une grande difficulté pour l’auteur : comment parvenir à sensibiliser ses lecteurs au questionnement éthique à l’aide d’un savoir dont il doit se déprendre absolument, tant il est vrai qu’un écrivain se lit bien mieux s’il n’est spécialiste de rien. D’où le problème de la forme qui seule est à même de véhiculer une réflexion de cet ordre. Et cette forme ne peut-être que dialogique. Elle seule permet en effet aux lecteurs de suivre la progression d’une pensée et ainsi d’accéder à une connaissance, à un savoir, et de les conduire à une appréciation différente de la réalité. Là aussi, comme dans l’ensemble du roman, les lecteurs sont invités à suivre, par étapes, une expérimentation : celle de Franck, lanceur d’alerte, en butte à la Loi.

 

La loi et la question de l’Autre

 

Franck est présenté dans le résumé de Dilemmes comme une personne qui « a la naïveté de penser que la Loi est nécessairement du côté du Bien » et qu’elle « se rangera finalement de son côté ». Comment comprendre cette naïveté ? Où la situer ? Bien et Mal étant des valeurs morales, on pourrait croire que Franck se place sur un terrain qui n’est pas celui de la Loi qui a pour objet de réprimer au nom du Droit ; et de considérer que s’il avait pris la peine d’ouvrir le premier manuel d’Introduction au Droit, Franck aurait appris à distinguer Morale et Droit. Mais, en est-on si sûr ?

 

Franck pense qu’il fait bien de divulguer les agissements frauduleux de sa banque. Certain d’œuvrer pour le Bien commun [1], il n’imagine pas que la Loi puisse ne pas se ranger à ses côtés, par delà les catégories morales de Bien et de Mal. Et en effet, comment peut-on contester à un lanceur d’alerte le fait qu’il œuvre pour le Bien ? Mais voilà, sa banque – et cela n’étonnera personne – est d’un avis contraire. Quand bien même ne trouverait-elle aucun appui, la Loi la protégerait. Comment cela est-il possible ?

 

Sur le plan du Droit, les lois répressives ont pour objet d’énoncer les actes qu’elles répriment et d’édicter les sanctions corrélatives. Mais elles ont ceci de particulier qu’elles ne prennent jamais en compte l’Autre, celui ou celle sur qui risque de s’abattre la sanction. Leur caractère impératif et coercitif s’oppose catégoriquement à une formulation de type conditionnel ou permissif (Toute personne est tenue au secret professionnel sauf si…). Dans le cas de Franck, c’est le Code monétaire et financier qui fixe la règle : « Toute personne qui à un titre quelconque participe à la direction ou à la gestion d'un établissement de crédit ou qui est employée par l'un de ceux-ci est tenue au secret professionnel » (art. L. 511-33-I). Au surplus, Franck est passible d’une condamnation pour vol puisqu’il a dû subtiliser les fichiers informatiques de sa banque afin de pouvoir faire la preuve des agissements frauduleux de son employeur. Tels sont les faits incriminés.

 

Suite 


[1] La notion de Bien commun est définie à l’article 6-2 du projet de Déclaration universelle du Bien commun de l’humanité (texte élaboré au Sommet des peuples de Rio de Janeiro en juin 2012) : « Sont contraires au Bien commun de l’humanité et au Bien vivre, et donc sont interdites, toutes les actions individuelles ou corporatives de circulation économique qui mercantilisent les valeurs d’usage comme de simples valeurs d´échange, les instrumentalisent par la publicité pour une consommation irrationnelle et poussent à la spéculation pour une accumulation privée du capital. Sont également contraires au Bien commun de l’humanité : les paradis fiscaux, le secret bancaire, la spéculation sur les produits alimentaires, les richesses naturelles et les sources d’énergie (…) ». 

 

 

 

 

www.roman-dilemmes.fr


Appel