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Mise à jour

12 octobre 2017

Seconde problématique

Que dire d’autre que la Justice ou la Loi, voire même la presse ?

 

L’apprenti-écrivain n’ignore pas qu’une telle question le disqualifie d’emblée avant même d’être publié ; du moins, aux yeux des membres de la communauté des gens de Lettres pour qui « le véritable écrivain n’a rien à dire [1] » et ne doit se préoccuper que du style. C’est là une affaire très sérieuse dont j’aurais à dire un mot plus tard. Dans l’immédiat, je vous laisse, chers lecteurs, seuls juges de ce qu’un roman peut avoir à dire. Mais avant de le découvrir, il convient de s’interroger sur le locuteur : qui peut dire ce que le fait divers ne révèle pas ?

 

La problématique ainsi exposée élimine d’entrée de jeu l’auteur et le narrateur dont l’autorité et le discours omniscient empêcheraient les lecteurs d’exercer en toute objectivité leur fonction de jugement. Ce qui, du même coup soulève une grande difficulté. Car, s’il ne reste plus que les personnages dont chacun n’est qu’un élément constitutif du récit romanesque, aucun d’entre eux ne saurait être représentatif du roman dans son ensemble. Certes, le personnage principal peut être porteur de l’histoire, mais non du récit ; or, c’est le récit qui est mis à l’épreuve et qui seul est à même de répondre à la problématique posée.

 

 L’intitulé du premier chapitre et l’incipit du roman, évoquent des faits à venir qui sont du registre de l’action et laissent entendre que le « danger est imminent ». Si l’on ajoute à cela l’effet-Valeur et l’effet de Réel, l’on voit bien toute la difficulté – pour ne pas dire l’impossibilité – d’insérer dans cette histoire à venir la faculté de permettre à tout un chacun d’observer que le récit va bien plus loin que ne le permet la Justice ou la Loi, voire même la presse.

 

D’où la nécessité d’y ajouter un second récit et de confier au personnage central la tâche de porter le projet littéraire. L’ouverture in media res de l’incipit sur ce projet d’écriture témoigne de l’importance de l’enjeu, d’autant qu’il pourrait constituer un salut pour Franck si ce dernier ne parvenait pas à faire condamner sa banque. Non seulement les deux projets sont imbriqués, mais le second semble perdu d’avance puisque « la voie est impossible ». Il ne lui resterait plus dès lors que ce projet d’écriture, celui d’avoir, à la demande de son éditrice, à « bâtir un projet littéraire tiré de son aventure » et dont rien n’est moins sûr en raison du doute exprimé par Franck.

 

[1] Alain Robbe-Grillet, Pour un nouveau roman, Gallimard, coll. Idées, 1964, p. 51 (« le véritable écrivain n’a rien à dire. Il a seulement une manière de le dire », cité par P. Vilain, La littérature sans idéal, op. cit., p. 12).

 

 

 

 

 

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